Les franjynes

Niché dans le centre de Nice, Les franjynes est un e-commerce de turbans et de franges, une alternative à la perruque. C’est une marque, engagée et solidaire, dédiée aux soeurs du combat contre le cancer. Sa fondatrice met un point d’honneur à allier le style et le bien-être ! Rencontre avec Julie, femme entreprenante épanouie et ultra inspirante, à l’initiative de ce projet…  

Dis nous tout sur tes études ! 

De toute petite, je dessine avec facilité et beaucoup de plaisir. Je crois que ma filière aurait du être artistique. Mon parcours n’a pas été un chemin tout tracé et c’est aujourd’hui une grande force.
Lorsque j’étais enfant, je m’envisageais nonne docteur, puis archéologue, puis professeur d’anglais. Au lycée, j’ai rêvé un long moment d’être tatoueuse. J’ai obtenu un BAC S avec des notes excellentes dans les matières littéraires et très moyennes en science.

Puis, j’ai fait une 1 ère année d’océanologie à Marseille (Luminy). Je me suis rendue compte très rapidement qu’il y avait peu de débouchés.
Je me suis réorientée vers une année de LLCE pour être professeur d’anglais.
Mais suite à des problèmes personnels, j’ai pris la décision de vivre à Toulouse. Afin de subvenir à mes besoins, j’ai fait un BTS  professions immobilières en alternance ce qui me permettait d’avoir un salaire. J’ai été major de promo! J’ai donc eu l’opportunité de rejoindre une licence de droit puis une maîtrise de droit immobilier sur Nice que j’ai obtenues en cours du soir.

Dis nous tout sur ton début de carrière professionnelle ! 

J’ai ensuite réussi à gravir les échelons assez rapidement. J’ai fini par être responsable d’un service de gestion de patrimoine immobilière. A 25 ans, j’étais cadre, je gérais une équipe de 8 personnes. Mais, je savais déjà à l’époque que je n’aurais pas fait ce métier toute ma vie puisque je réglais des conflits toute la journée, et c’était vraiment pesant.
Aujourd’hui, quand j’y pense, je me dis que ça devait être écrit dans mon chemin puisque ce métier de juriste, et ces notions de droit, m’ont énormément servie lorsque j’ai monté mon entreprise. Par exemple, j’ai tout de suite su comment déposer la marque, comment protéger mon idée, comment obtenir la reconnaissance de la sécurité sociale… 

Comment tu décrirais ton état d’esprit à ce moment de ta vie ? 

J’avais atteint la fameuse zone de confort qui est très difficile à quitter: un bon salaire, propriétaire d’un appartement, en couple. J’étais satisfaite que mes parents soient fiers de moi. Malgré tout cela, je n’étais pas épanouie. A 27 ans, mon cancer du sein s’est déclaré. Cette épreuve m’a donné le coup de pied nécéssaire pour que je me mette en danger afin de reprendre ma vie en main.

Lorsque tu apprends que tu as ce cancer, que fais tu professionnellement ? 

Lorsque j’ai commencé la chimiothérapie, j’avais 3 semaines de libre entre chaque cure. Je me suis très rapidement dit que je devais utiliser ce temps disponible pour rebondir sur autre chose.
J’ai poussé les portes d’une école d’art pour m’y inscrire et je me suis acheté une machine à tatouer. J’avais pour objectif d’être tatoueuse 2 ans plus tard. Seulement, je me suis surestimée, j’ai suivi les cours jusqu’à ce que les chimios m’empêchent de me concentrer, c’est à dire 5 mois plus tard. 
Ces quelques mois à l’école d’art m’ont poussée à travailler mon esprit créatif. 

Comment est née l’idée des Franjynes ? 

Avant mon cancer, j’avais les cheveux très longs et blonds. J’adorais me coiffer tous les matins, c’était un de mes rituels…
 J’ai eu mon traitement pendant le printemps et l’été. J’ai perdu mes cheveux. Mais je n’aimais du tout porter des perruques car elles me grattaient. J’ai donc eu l’idée de prendre des foulards et de les nouer sur ma tête. J’adorais ce geste matinal qui me permettait de retrouver mes sensations habituelles de me coiffer, et de me réapproprier mon identité. Clairement, mettre ces turbans sur ma tête m’a permis de mieux appréhender cette parenthèse désenchantée. 

Est ce que tu te rappelles du moment où tu as eu cette idée ? 

Oh que oui !

Comme j’avais du temps, je me suis mise devant un miroir et j’ai essayé des tas de trucs pour me sentir belle et bien dans mon corps. J’étais une artiste contrariée mais j’étais aussi une contrariée de la frange (rires). C’est à dire que je n’osais pas me la faire couper de peur de regretter. Donc j’avais dans mes affaires des franges à clip. Sauf que comme je n’avais plus de cheveux, je ne pouvais plus les faire tenir. A l’époque, j’ai eu l’idée de virer les attaches et je les glissais dans mes turbans en les faisant tenir grâce à un petit système que je m’étais confectionné. Cela faisait très bien l’illusion. J’ai passé des heures devant la glace à essayer de faire différents types de nouages.

J’ai même écrit à la chanteuse Imany qui portent toujours de superbes turbans. Elle m’avait répondu et donné des petits « tips ».

Qu’est ce qui t’a poussée à croire en ton projet ?  

En 2015, un mois après le début de mes traitements, j’ai ouvert un blog Tumblr, Féminity & JY, qui condensait les tips beauté qui je piochais un peu partout. Je me prenais en photo parfois chauve, parfois avec les turbans, parfois avec les franges… Assez rapidement, j’ai reçu des tas de questions: « ah, c’est trop bien ! Tu l’as acheté où? » « Comment tu fais? » « Où est ce que je peux trouver ces franges? »… Face à ces demandes, j’ai fait des tutos pour expliquer comment faire les nœuds. Mais pour les franges, je n’avais pas de solutions à leur proposer puisque les miennes étaient vraiment bidouillées par moi et pour moi au départ. 

Par ailleurs, je savais que les produits que j’avais en tête n’étaient pas encore existants sur le marché. En effet, il était impossible de trouver une alternative moderne, fun et tendance à la perruque. Malheureusement, il y a de plus en plus de jeunes femmes atteintes du cancer, et il n’y avait que peu de solutions pour elles.

C’était le début de l’histoire des Franjynes… 

Quand tu commences à parler de ton idée, quelles ont été les remarques difficiles à entendre ? 

On m’a dit lorsque je parlais de mon idée que ce n’était absolument pas « marketing » de se lancer dans le secteur de la maladie. C’est vraiment des paroles qui m’ont choquée, et déçue. Du coup, il y a tout à faire dans ce domaine ! 

Mais, je suis quelqu’un d’assez obstinée, j’ai besoin d’aller au bout de mes idées. J’ai besoin d’aller toucher du doigt que c’est tout pourri pour m’en rendre compte. Du coup, j’y suis allée, et j’ai bien fait. 

Le jour 1 des Franjynes, tu fais quoi ? 

D’abord, j’ai tout protégé et tout déposé auprès de l’INPI.
Ensuite, je suis partie en croisade pour trouver mes fabricants. J’ai passé beaucoup de coups de fil, écrit des tas de mails. J’ai eu beaucoup de chance puisque j’ai eu un contact qui m’a permis de faire avancer le projet rapidement. 

Comment tu crées tes premières collections ?   

J’ai toujours été sensible à la mode et à l’art. Du coup, j’ai beaucoup suivi mon intuition. J’avais des notions sur les différents types de tissus. 
Pour débuter, j’ai trouvé Madame Fée de l’atelier Dabrilany couture sur Nice. Nous avons fait tous les prototypes ensemble: mes idées et ses préconisations de couturière. Puis, on a fait les patrons et enfin les modélismes. 
J’ai appris toutes ces compétences sur le tas. J’ai peut-être mis un peu plus de temps que quelqu’un de diplômé, mais cela importe peu. Tous les chemins mènent à Rome.

Par ailleurs, la BGE m’a accompagnée sur ce projet. Cela m’a beaucoup aidée. Je conseille à toutes les personnes souhaitant se lancer de rentrer en contact avec eux. 

Ton souvenir de ta première cliente ? 

J’avais annoncé sur mes réseaux sociaux, l’ouverture mon site de e-commerce le 29 juin 2017 à 20h00. J’ai eu une dizaine de commandes dès le premier soir. Depuis, je n’ai jamais eu une seule journée sans commande. 

As tu eu des choix difficiles à faire ? 

Pas vraiment ! 
Par contre, ce qui a été un VRAI problème durant la création , c’est « le droit à l’oubli ». Etant donné que j’ai eu un cancer, les banques ont toutes refusé de me faire un prêt puisque je ne suis pas bancable pendant 10 ans à cause de ma maladie.  
Du coup, j’ai décidé de faire un financement participatif sur Ulule. J’ai réussi à lever 35 000€ en 45 jours en  décembre 2016. C’était la preuve indéniable que les gens aimaient mes produits. Et ça m’a donné un coup de pouce médiatique incroyable ! 
Aujourd’hui, je mets un point d’honneur à m’auto-financer, sans fermer la porte aux banques pour autant.

Tu as toujours été très débrouillarde ? 

Le cancer m’a complètement désinhibée, il m’a supprimé plein de barrières. En fait, je suis totalement à l’aise maintenant pour créer mes opportunités. Le seul vrai risque que je prends c’est qu’on me dise « NON ». En comparaison avec ma maladie, c’est bien peu. Je ne suis pas quelqu’un qui a peur de pousser les portes, et ça m’aide tous les jours.

Il y a une phrase que j’aime beaucoup : « 100 % des gagnants ont joué » et c’est vrai ! 

Tu avais déjà envisagé d’entreprendre ? 

Non, je n’y avais jamais pensé. Je ne soupçonnais pas d’avoir le fameux esprit entrepreneurial. Et maintenant que j’y suis j’aime ces montagnes russes émotionnelles. Il y a un petit stress permanent de savoir si l’entreprise va fonctionner et en même temps c’est hyper excitant ! Je ne m’imaginais pas être capable de le gérer et en fait ça se passe très bien. 

L’entreprise de tes rêves, c’était quoi ? 

Une entreprise sociale et solidaire ! J’ai eu un tel élan de générosité pour pouvoir me lancer, que je porte la responsabilité de tout ce mouvement.  
Solidaire = Je verse 5% au Centre Antoine Lacassagne pour la recherche contre le cancer
Social = Je fais travailler un atelier de femmes en maladies physiques, en réinsertion professionnelle, à la frontière entre la France et la Belgique.  
Les Franjynes, c’est mon bébé. Je voulais lui donner les valeurs qui me sont chères. 

Tu as eu de nombreux prix depuis la création, comme le prix coup de cœur de Let’s go France sous le haut Patronage de Mr Macron. Comment tu te prépares à tout ça ? 

Je les imagine tout nus ! (fou rire)
Matignon m’a prévenue seulement la veille que j’allais rencontrer Bruno Lemaire, et Edouard Philippe. Je n’étais absolument pas préparée à cela puisque je pensais « pitcher » en jeans comme d’habitude. Je suis partie sous la neige à Paris pour me trouver une tenue adéquate avant que les boutiques ferment !

Ta journée type ! 

La 1 ère chose que je fais, c’est mon « community management » depuis mon lit. Je fais ma petite publication sur les réseaux sociaux. Puis je vais à la poste et /ou au point relais pour envoyer les colis. Ensuite, je viens au bureau pour faire le travail de fond comme réfléchir aux nouvelles collections, répondre aux mails, au téléphone, aux sollicitations…
Je suis plus productive le soir que le matin. Souvent, je vais faire des petites insomnies et je vais avoir mes idées à ce moment là. J’ai un carnet à côté de mon lit, je note ! 

Ton habitude insolite ? 

Chaque matin, je passe presque 1H à trouver la tenue idéale pour la journée. Je ne peux pas sortir de chez moi si je ne suis pas contente du résultat. Ensuite, je me prends en photo et je la poste en story sur Insta (rire).

L’épreuve qui a préparé pour toi un succès ultérieur ? 

Mon cancer. L’épreuve la plus dure que j’ai eue à vivre, c’est de me battre pour ma vie. Et pourtant, cela m’a apporté tant de beaux changements. J’ai fait un énorme travail avec une psychologue pour transformer cette épreuve en véritable force. J’essaie maintenant de tirer le positif dans toutes les situations.

Quelle est ton envie un peu folle pour les Franjynes ? 

Faire une collaboration avec Hermès ! (rire) et Faire plein de nouages avec leurs carrés en soie. 

Quand tu es déconcentrée, qu’est ce que tu fais ? 

Je dessine.

Quel achat de moins de 100€ a transformé ta vie dans les 6 derniers mois ? 

Netflix. Je pouvais faire mes colis devant des séries ! 

Que dirais tu à la Julie de 15 ans ? 

Ma grande, tu le sais, la vie c’est pas un fruit. (rires)
La vie est pas facile et elle t’épargnera pas mais tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir. 
Et crois en tes rêves !

Que dirais tu aux femmes qui combattent un cancer ? 

Faites de cette épreuve une force ! Surtout, il faut continuer à envisager votre futur, à croire, à espérer ! 

Ton mantrat ! 

sky is the  limit !

Ton projet personnel qui t’enthousiasme dans l’année à venir ? 

Mon mariage. 

Dans 1 an, les Franjynes ce sera … 

L’ouverture très prochaine du showroom à Nice.

Dans 3 ans, Les Franjynes ce sera … 

Etre un acteur incontournable de la prothèse capillaire et de l’accessoire de tête.
J’ai actuellement plus de 40 points de ventes, j’éspère continuer à les développer.
Et surtout je travaille pour créer un réseau de franchise.  

C’est quoi le succès pour toi ? 

Etre en phase avec tes valeurs et ce que tu fais ! 

Merci à Julie d’avoir pris le temps de répondre à toutes mes questions bien qu’elle ait un emploi de temps de ministre ! J’ai adoré notre discussion, c’était un peu comme une formation accélérée sur l’entreprenariat, sur les épreuves de la vie, sur la capacité à créer ses propres opportunités. 3H intenses desquelles je sors grandie, c’est évident. J’espère que ça vous aura plu et que vous aurez envie d’aller à leur rencontre à votre tour ! 

Et cette semaine, je dois également remercier le photographe, Ilan Dehé,  qui me permet d’utiliser ses sublimes photos !

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et si possible d’en parler autour de vous. Merci d’être présent et toujours plus nombreux. 
A jeudi prochain,
Samantha

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    1. Merci a toi…
      On connait malheureusement tous quelqu’un qui est touché par cette maladie.
      Connaitre Julie et son travail permet d’améliorer le quotidien ! Ce n’est pas rien.
      A très bientôt,
      Samantha

  1. Bravo pour ce tres bel article sur Julie .Julie nous inspire , nous motive, nous encourage, quand nous croisons sa route notre vie change 💕.